Euro, Grèce et fuite fiscale
17/03/2012 à 07h20, Auteur : // Droit, Finances, assurances
Les députés européens ont débattu des conclusions du Conseil européen des 1er et 2 mars derniers. Le débat a porté sur la lutte contre la fraude fiscale, qui coûte plus de mille milliards d’euros par an à l’économie européenne, et la relance de la croissance. La situation en Grèce ainsi que les commentaires récents du Président français Nicolas Sarkozy sur une possible renégociation des accords de Schengen ont également été abordés.
Selon le Président du Conseil européen, Herman Von Rompuy, le dernier sommet a marqué un pas en avant vers la consolidation budgétaire et la stabilité économique. Depuis 1930, les réformes budgétaires ont été un outil efficace à court terme, mais à plus long terme il faut "créer de la confiance" dans l’économie européenne pour surmonter la crise. "C’est pourquoi les règles convenues dans le nouveau traité sur la stabilité et la gouvernance sont si importantes", a-t-il défendu. Il a insisté sur la nécessité d’investir dans une économie d’avenir en parallèle de la consolidation des budgets nationaux.
L’UE doit aspirer à plus de stabilité et de croissance, a déclaré dans son intervention le Président de la Commission, José Manuel Barroso. Il a souligné que les mille milliard d’euros perdus chaque année dans l’UE à cause de l’évasion fiscale auraient pu résoudre de nombreux problèmes. Il a annoncé que la Commission présentera prochainement un plan sur la croissance et l’emploi en Grèce et insisté sur la nécessité d’accompagner les mesures d’austérité par de la croissance.
Le Français Joseph Daul, leader du Parti populaire, a affirmé que la signature du nouveau traité fiscal était une réussite importante mais la chose la plus importante "n’est pas de signer un texte mais de l’appliquer". Il a regretté "la lenteur avec laquelle des Etats appliquent les règles qu’ils ont eux-mêmes décidées". "Les citoyens ont besoin d’emplois, les jeunes ont besoin d’emplois, notre économie a besoin de croissance, pas seulement aujourd’hui mais aussi pour l’avenir", a-t-il déclaré.
L’Autrichien Hannes Swoboda, chef des socialistes et démocrates, a critiqué les récents propos de Nicolas Sarkozy sur la suspension temporaire des accords de Schengen : "Devrons-nous montrer nos passeports pour nous rendre à Strasbourg ? Est-ce ainsi que les choses doivent être ? Assurément non". Sur la crise, il a regretté une réaction trop tardive concernant le chômage des jeunes. "C’est scandaleux d’avoir des citoyens qui travaillent pour mille euros par mois, parfois moins", a-t-il conclu.
Le Belge Guy Verhofstadt, chef des libéraux et démocrates, s’est montré sceptique sur les effets positifs du dernier Conseil européen. "Croyez-vous vraiment que le pacte fiscal permettra de mettre fin à la pagaille ?". Il a reproché au Président de la Banque centrale européenne Mario Draghi de faire tourner la planche à billets, une "solution insuffisante à la crise", et a appelé à la mutualisation des dettes publiques au-dessus de 60 % du PIB des Etats.
Combattre l’évasion fiscale et les paradis fiscaux en obligeant les banques à déclarer tous les dépôts des citoyens européens si elles veulent opérer dans l’UE, comme aux Etats-Unis, voilà ce qui a été proposé par le Français Daniel Cohn-Bendit, co-président du groupe des Verts. Il se dit également favorable à une "triple règle d’or", ajoutant à la règle budgétaire "une règle d’or sociale et environnementale".
Pour le Britannique Martin Callanan, des Conservateurs et réformistes, le pire n’est pas derrière nous. "L’Europe ne va pas bien, l’économie est faible et le nouveau traité fiscal n’est pas adapté", a-t-il souligné, en parlant de l’"effondrement du niveau de vie et d’un chômage à des niveaux qui n’avaient plus été atteints depuis les années 1930". Il a demandé que "la Grèce se déclare en défaut de paiement et quitte l’euro".
Pour l’Irlandais Paul Murphy (Gauche unitaire), "essayer d’atteindre les objectifs de restriction du déficit budgétaire signifie 5,7 milliards d’euros de coupes budgétaires ou de taxes supplémentaires en Irlande, et plus de dix milliards dans la zone euro. Cela signifie plus de chômage, plus de crise, une dégradation des services publics ainsi que des conditions de vie".
Le Britannique Nigel Farage (Europe de la liberté et de la démocratie) s’est déclaré choqué des réactions positives à propos du dernier Conseil européen. "Vous êtes déterminés à garder l’euro mais c’est insensé !" Au milieu d’un discours sur un potentiel troisième plan de sauvetage pour la Grèce, il s’est exclamé : "c’est crucifier la Grèce !"